Législatives anticipées : comment briser la dynamique du RN ?

Le résultat des élections européennes s’est révélé conforme à ce qu’annonçaient les sondages. C’est une débâcle sans appel pour le gouvernement. Sur fond d’abstention massive, la liste du Rassemblement National a recueilli 31,5 % des voix, contre moins de la moitié pour la liste des macronistes (14,6 %). Exposé au risque de plus en plus élevé d’une motion de censure, Macron a préféré prendre les devants et annoncer la dissolution de l’Assemblée nationale, dans laquelle il n’a plus de majorité absolue depuis juin 2022. Le résultat des élections européennes a balayé le château de cartes parlementaire sur lequel reposaient les gouvernements d’Elisabeth Borne et Gabriel Attal.

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Le premier tour des élections législatives se tiendra dans trois semaines. Une chose semble sûre : ce scrutin se soldera par une nouvelle baisse du nombre de députés macronistes. On voit mal ce qui pourrait inverser la dynamique marquée dans les chiffres suivants : lors des élections européennes de 2019, le parti de Macron avait recueilli 5,1 millions de voix ; cette fois-ci, il n’en a recueilli que 3,6 millions.

Les Républicains ayant exclu toute alliance avec le gouvernement, Macron sera encore plus minoritaire qu’il ne l’est déjà à l’Assemblée nationale. L’énorme incertitude qui en résulte – et la possibilité d’une Assemblée nationale encore plus fracturée – est une nouvelle expression de la profonde crise de régime du capitalisme français.

A trois semaines du premier tour, Marine Le Pen et sa clique de démagogues archi-réactionnaires sont en position de force. C’est une conséquence des trahisons, compromissions et capitulations des dirigeants de la « gauche » officielle depuis de nombreuses années. C’est le cas, en particulier, des dirigeants du PS, du PCF et des Verts, qui ont été au pouvoir à plusieurs reprises depuis 1981 – et qui ont systématiquement trahi les aspirations de l’électorat populaire.

Ceci dit, la direction de la France insoumise (FI) est elle aussi responsable de la situation actuelle, dans une certaine mesure. La constitution de la Nupes, en mai 2022, marquait le virage à droite le plus net de la FI depuis sa création en 2016. Cette « union » de la FI avec le PS, le PCF et les Verts fut un fiasco prévisible. Il ne pouvait susciter aucun enthousiasme dans les couches les plus exploitées et les plus opprimées de la population. Comme nous l’expliquions à l’époque, la constitution de la Nupes ne pouvait profiter qu’au Rassemblement National.

Avec 9,9 % des voix, la liste de la FI réalise un meilleur score que lors des élections européennes de 2019 (6,4 %). Cette progression est sans doute à mettre sur le compte du soutien inflexible des dirigeants de la FI au peuple palestinien, malgré les insultes et les calomnies dont ils n’ont pas cessé d’être la cible depuis le 7 octobre dernier (« antisémitisme », etc.). Cependant, les 2,45 millions de voix recueillies par la liste de Manon Aubry représentent moins d’un tiers des 7,7 millions de voix qui se sont portées sur la candidature de Mélenchon en avril 2022. Par ailleurs, si la liste de la FI gagne 1 million de voix par rapport aux élections de 2019, la liste du RN progresse, elle, de 2,4 millions de voix.

La possibilité d’une victoire électorale du RN, le 7 juillet prochain, suscite l’inquiétude et la colère de millions de jeunes et de salariés. La victoire du RN est-elle inévitable ? Non, mais ce n’est pas une nouvelle version de la Nupes, bricolée dans l’urgence sur un coin de table, qui permettra de briser la dynamique du RN, c’est-à-dire de mobiliser des millions d’exploités et d’opprimés qui s’abstiennent ou sont tentés par l’extrême droite. Ces deux dernières années, les dirigeants du PS, du PCF et des Verts ont passé leur temps à cribler la FI de critiques droitières. Par exemple, ils ont rompu la Nupes avec fracas pour protester contre le soutien de la FI au peuple palestinien. Tout ceci n’est pas passé inaperçu dans la masse de la population. Dès lors, une nouvelle « union de la gauche » serait considérée par des millions de jeunes et de travailleurs radicalisés comme un attelage hypocrite, contradictoire et purement électoraliste – à juste titre.

Fort de ses 13,8 % des voix, le candidat du Parti Socialiste, Raphaël Glucksmann, revendique une place centrale « à gauche ». Mais c’est une mauvaise plaisanterie, car Glucksmann a fait une campagne ouvertement pro-capitaliste et pro-impérialiste. Sa liste n’arrive devant celle de la FI que parce qu’elle a siphonné les électorats petit-bourgeois des macronistes et des Verts. Quant aux PCF (2,4 %) et aux Verts (5,5 %), ils ont récolté le prix de leur extrême modération – et de leurs attaques droitières contre Mélenchon et ses camarades, ces deux dernières années.

Au final, l’équation politique de ces prochaines semaines est assez simple : pour enrayer la dynamique du RN, la direction de la FI devra virer nettement à gauche, c’est-à-dire mobiliser la jeunesse et les travailleurs sur un programme radical et anticapitaliste, y compris sous la forme de manifestations massives. Toute autre stratégie bénéficiera à l’extrême droite.

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